Gunman Xuman, un parcours singulier au service du rap et de l’information

Figure marquante du hip-hop sénégalais, Makhtar Fall, plus connu sous le nom de Gunman Xuman, a construit sa carrière entre musique, engagement citoyen et innovation médiatique. Des premières années avec le groupe Pee Froiss à la création du Journal Rappé avec Keyti, diffusé sur la 2STV à partir de 2013, le rappeur a contribué à renouveler les formes de traitement de l’actualité auprès du public. Aujourd’hui, le concept se poursuit sur Evenprod Médias, avec de nouvelles éditions consacrées aux questions politiques et sociales

Des débuts dans le hip-hop sénégalais au sein de Pee Froiss

Avant de se faire connaître du grand public avec le Journal Rappé, Gunman Xuman s’est imposé dans l’univers du rap sénégalais. De son vrai nom Makhtar Fall, l’artiste, né en Côte d’Ivoire de parents sénégalais selon plusieurs portraits qui lui sont consacrés, fait partie de cette génération qui a contribué à structurer le mouvement hip-hop au Sénégal dans les années 1990.
En 1993, il participe à la fondation de Pee Froiss, un groupe de rap dakarois qui s’inscrit parmi les formations marquantes de la scène hip-hop nationale. Aux côtés de plusieurs artistes, dont DJ Gee Bayss, Kocc VI et Bibson, Xuman développe un rap qui mêle wolof, français et anglais, tout en abordant les réalités sociales et politiques.
Le groupe publie sa première cassette, Wala Wala Bok, en 1996. D’autres productions suivent, notamment Affaire Bou Graw en 1997, Ah Simm!! en 1999, F.R.O.I.S.S en 2001 et Konkérants en 2003. Ces projets participent à l’affirmation d’une identité musicale propre au rap sénégalais, entre influences internationales, langues locales et préoccupations quotidiennes.
En parallèle de cette aventure collective, Xuman explore d’autres horizons artistiques. En 2000, il collabore avec Daddy Bibson sur le projet Frères ennemis. Il poursuit ensuite son parcours en solo avec l’album Gunman, signalé dans les archives musicales comme l’un de ses projets personnels majeurs.

Le Journal Rappé, une nouvelle manière de raconter l’actualité

L’année 2012 marque un tournant dans le parcours de Xuman. Dans un Sénégal traversé par les débats politiques et les mobilisations citoyennes liées à l’élection présidentielle, le rappeur et son confrère Keyti cherchent une autre manière de faire entendre leur lecture de l’actualité.
L’idée du Journal Rappé repose sur un principe simple : traiter les informations nationales et internationales en utilisant les codes du hip-hop. Plutôt que de présenter les nouvelles dans un format traditionnel, les deux artistes les mettent en rimes, en rythme et en musique, en français pour Xuman et en wolof pour Keyti.
Le projet prend forme en 2012, avant de connaître une visibilité importante en 2013. Le programme est diffusé sur la chaîne privée 2STV et mis en ligne sur YouTube. Le 7 juin 2013, SenePlus publie notamment un article consacré au septième épisode du Journal Rappé, signe de l’installation du concept dans le paysage médiatique sénégalais.
Le format s’appuie sur des séquences courtes consacrées aux faits marquants de la semaine. Politique, justice, société, sport et actualité internationale sont abordés avec une tonalité satirique, parfois ironique, sans abandonner les enjeux de fond. Des invités issus du monde du rap participent également à certaines éditions.
Le Journal Rappé ne se limite donc pas à une performance musicale. Il propose une autre porte d’entrée vers l’information, notamment pour les jeunes publics familiers du hip-hop mais moins attirés par les journaux télévisés classiques.

Une innovation médiatique qui dépasse les frontières du Sénégal

Le succès du Journal Rappé attire progressivement l’attention au-delà du Sénégal. Le concept est étudié et repris dans d’autres pays, avec des adaptations aux réalités locales. En février 2015, le Journal Gbayé, version ivoirienne du format, fait son apparition.
Dans un article publié le 4 août 2015, Music In Africa revient sur cette expérience et décrit l’expansion du Journal Rappé, devenu une référence régionale après plusieurs saisons. Le programme contribue à montrer que le rap peut servir de support à la vulgarisation de l’information et au débat public.
La démarche de Xuman et Keyti associe ainsi création artistique, communication et citoyenneté. Elle s’inscrit dans une tradition du hip-hop sénégalais où les artistes ne se limitent pas à la production musicale, mais interviennent également dans les débats qui traversent la société.
Leur démarche rejoint, sur certains aspects, les mobilisations citoyennes portées par des acteurs du mouvement hip-hop sénégalais, notamment autour de la participation des jeunes à la vie publique. Toutefois, le Journal Rappé conserve une identité éditoriale particulière : celle d’un programme d’actualité construit à travers l’écriture musicale et la satire.

De la 2STV à Evenprod Médias, la continuité d’un concept

Après son expérience sur la 2STV et sa diffusion sur les plateformes numériques, le Journal Rappé poursuit aujourd’hui son évolution sur Evenprod Médias. La plateforme consacre une rubrique spécifique au programme, présenté comme un format qui décrypte l’actualité en rimes.
La page officielle d’Evenprod Médias répertorie une première saison comprenant plusieurs épisodes, parmi lesquels « Pastef Vs Kiiraay », « Ceuta Wala Barsakh », « Élections dé-local-isées », « Jusqu’où va la vie chère ? » et « Blouse blanche et brassard rouge ». Les sujets abordés témoignent de la continuité de la ligne du programme : traiter les débats politiques, les questions économiques et les préoccupations sociales dans un langage accessible.
La plateforme répertorie également une émission intitulée « Le Come-Back sur Evenprod Médias », consacrée au retour du concept. Cette nouvelle étape permet au Journal Rappé de retrouver une visibilité dans un environnement médiatique où les contenus numériques occupent une place croissante.
Les archives publiques consultées ne permettent toutefois pas d’établir avec certitude la date exacte du lancement de cette nouvelle collaboration avec Evenprod Médias. Il convient donc de distinguer les dates documentées de la création initiale du programme et celles, encore à confirmer, de sa relance sur cette plateforme.

Un artiste entre musique, information et engagement

Le parcours de Gunman Xuman illustre la capacité d’un artiste à faire évoluer son expression sans renoncer à ses premières convictions. Depuis les années 1990, son travail s’inscrit dans un hip-hop attentif aux réalités sociales, aux rapports de pouvoir et aux aspirations de la jeunesse.
Avec Pee Froiss, il a participé à l’histoire musicale du rap sénégalais. Avec le Journal Rappé, conçu avec Keyti, il a contribué à inventer une forme originale de traitement de l’actualité, à la croisée de la musique et de l’information.
Son parcours témoigne également de la possibilité de faire circuler un concept médiatique d’une chaîne de télévision à des plateformes numériques, tout en conservant son identité. De la scène hip-hop aux éditions du Journal Rappé, Xuman poursuit ainsi une trajectoire singulière dans le paysage culturel et médiatique sénégalais.
Au-delà de ses productions musicales, son apport tient à cette capacité à transformer le rap en outil de narration de l’actualité et à proposer aux publics une autre manière de comprendre les événements qui façonnent leur quotidien.

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